Par Marc Goua
Député-maire de Trélazé
Plus de 5 millions de français vivent aujourd’hui dans les 752 quartiers dits sensibles –les « ZUS »-, dont près d’un sur 8 en Île de France. Parallèlement, en 2006, le pouvoir d'achat par habitant des 1 % des communes les plus riches était 45 fois plus élevé que celui des 1 % les plus pauvres. On comprend dès lors en quoi le climat y reste explosif. Pour autant, dans le cadre de la réforme de l’Etat, la politique de la ville paraît aujourd’hui menacée.
Il nous appartient en effet de prendre la mesure des mouvements en cours : dans le cadre de la révision générale des politiques publiques –la fameuse RGPP- la place que nous accorderons aux banlieues sera symptomatique du choix fait par le gouvernement entre une réforme technocratique et comptable ou une réforme comptable certes, mais aussi stratégique et « faiseuse » de cohésion sociale.
Comment comprendre l’explosion urbaine de Villiers le Bel sans savoir que dans cette ville de près de 30 000 habitants, pas un lycée général, pas d’ANPE, pas d’ASSEDIC, pas même un commissariat de police ? La concentration des services publics a conduit à l’appauvrissement de ces territoires au profit des villes centres ou des villes riches. Pour combler ce fossé qui s’accentue, habitants, associations et élus locaux doivent déployer au quotidien des trésors d’ingéniosité pour panser les plaies, et agir pour le cadre de vie. Sans être suffisante parce qu’inarticulée avec l’aménagement du territoire, la politique de la ville nous a permis de donner de l’ampleur à ces actions.
En réalité, l’échec de nos politiques dîtes « de la ville », c’est d’abord l’échec du retrait de l’Etat de ces territoires, qui continuent d’accueillir toujours plus de population. La réalité est que les moyens de la politique de la ville sont venus peu à peu remplacer des moyens de droit commun de moins en moins présents. La réalité est que dans les villes les plus exposées, ces crédits sont venus compenser l’absence structurelle de recettes pérennes, consécutives à la répartition fondamentalement inégale de la ressource fiscale. La réalité est que pour vraiment sortir les banlieues de leurs difficultés, il nous faut repenser nos politiques publiques : nous devons dépasser la logique aboutissant à la ségrégation entre une politique de la ville pour les banlieues difficiles et des politiques de droit commun pour le reste du territoire, vers une politique de droit commun pour tous intégrant les difficultés de certains territoires.
Pour cela, investissons massivement. L’erreur fondamentale et le positionnement hypocrite de certains consistent à considérer que les moyens dégagés pour ces quartiers sont déjà une faveur qui leur est faite. Quand on donne plus de moyens aux quartiers en difficulté, on ne les favorise pas ; on ne fait qu’agir en faveur du rétablissement de l’équité. Le rattrapage n’est pas une faveur.
Ciblons les territoires effectivement prioritaires pour éviter le saupoudrage de crédits déjà insuffisants et proposons une réforme ambitieuse des finances locales et des dotations de l’Etat, afin qu’elles prennent en compte les différences de situation. Dans ma commune, 60% de notre population vit en ZUS. La cohésion sociale, à travers les dispositifs que nous avons mis en place, a un coût dont je souhaiterais voir le financement davantage partagé qu’entre trélazéens les moins en difficulté pour les trélazéens les plus en difficultés. Aujourd’hui, 715 des 950 communes de plus de 10 000 habitants perçoivent la dotation de solidarité urbaine. Comment trouver normal que des métropoles de plus de 100 000 habitants, qui gèrent des budgets conséquents, la perçoive ? Comment trouver normal que des villes moyennes sans populations pauvres touchent cette dotation?
Le combat des banlieues n’est pas le combat des seuls élus de banlieue ; parce qu’il en appelle à la solidarité et interroge directement la cohésion nationale, parce qu’il est une promesse non tenue de la République, il est le combat de l’ensemble des français. On ne peut prétendre imaginer la société de demain sans considérer celle qui aujourd’hui met au ban des millions de personnes et laisse se constituer de véritables ghettos urbains. A refuser de voir ces réalités, pourtant à la porte de chez nous, le climat urbain va devenir de plus en plus explosif.

